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Jardinage au BRH!
À la demande de la Ville de Dunkerque, Wagon Landscaping, en collaboration avec l’Atelier 710, intervient sur le site de la gare d’eau de l’île Jeanty. Que Dalle ! est conçu comme un jardin expérimental, intégré au projet Jardins barges, visant à transformer la dalle d’un ancien quai de déchargement en un sol capable d’accueillir une reconquête végétale.
Le site présente des conditions particulièrement contraignantes. Le quai repose sur une épaisse dalle de béton d’environ 30 cm, initialement dimensionnée pour supporter le passage de poids lourds. Le contexte géologique dunkerquois, majoritairement sableux, confère au sous-sol un caractère très drainant et acide. Le projet explore ainsi la capacité du végétal à s’installer sur un sol entièrement artificialisé, sans apport massif de matériaux extérieurs.
Pour permettre une mise en œuvre rapide et à grande échelle, le projet s’appuie sur les équipes de maintenance routière de la Communauté urbaine de Dunkerque et sur leurs équipements lourds : brise-roche hydraulique, raboteuses et scies diamant. Ces outils conditionnent à la fois la méthode et le dessin du jardin. Celui-ci se structure en grandes bandes paysagères, différenciées par des degrés variables de travail du sol : simple fracturation de la dalle ou fracturation associée à un mélange des matériaux in situ.
Des terrasses sont insérées au cœur des bandes plantées, offrant des espaces de pause et des points de vue sur le carré d’eau du port à péniches de l’île Jeanty.
Le processus débute par la découpe de la dalle, suivie d’un décompactage. Aucun déchet n’est exporté du site. L’ensemble des matériaux est réutilisé sur place afin de limiter les transports et les traitements en décharge. Même les blocs de béton sont conservés dans le sol, participant à la structure du substrat — les arbres n’ont pas peur des cailloux. Le sol est ensuite légèrement amendé et mélangé à une terre argileuse afin d’améliorer la rétention d’eau dans un milieu initialement très drainant.
La palette végétale mise en œuvre s’appuie sur des plantes légumineuses, capables d’enrichir naturellement le sol, et sur des arbustes pionniers adaptés aux conditions très pauvres et contraintes du site. Ces espèces constituent les premières strates d’un milieu en cours de reconstruction, amorçant des dynamiques écologiques durables.
Le sol est ensuite protégé par un paillage minéral réalisé à partir des blocs d’enrobé issus de la démolition et de graviers routiers réemployés. Ce paillage limite l’évaporation, protège les jeunes plantations et participe à la structuration du « néo-sol ». Le jardin est conçu sans aucun dispositif d’arrosage : les plantes sélectionnées doivent s’adapter aux conditions climatiques et hydriques locales, dans une logique de sobriété et de résilience.
Nous avons assuré le jardinage et l’accompagnement du site durant les trois premières années, période essentielle pour orienter les dynamiques végétales, observer les équilibres émergents et ajuster ponctuellement les interventions. À l’issue de cette phase, le jardin est volontairement laissé en libre évolution, devenant un paysage autonome, capable de se transformer dans le temps.
Ce jardin expérimental démontre qu’il est possible de renaturer des espaces fortement anthropisés à grande échelle, en mobilisant peu de moyens, en réemployant les matériaux existants et en s’appuyant sur les capacités du vivant à reconquérir des sols artificiels. Il affirme une approche pragmatique et économique du paysage, où le projet devient un processus d’accompagnement plutôt qu’une forme figée.
